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Bienvenus à l'audioguide/au guide automatique du Sentier des arrière-grand-mères du Centre de Hardangervidda. Voix, textes et images sont automatiquement activés lorsque vous vous déplacez à l'intérieur des cercles indiqués sur le plan, après d'avoir téléchargé et activé l'application de l'itinéraire. Le but avec cet audioguide est de fournir des informations générales concernant la vulnérabilité de la nature en montagne, éveiller la curiosité d'en découvrir d'avantage par vous-mêmes, et d'encourager une politique et circulation respectueuses. Le thème de chaque poste est sélectionné afin de donner un ordre naturel et pédagogique. Vous aurez en premier une introduction en écologie de manière générale. La deuxième moitié de la promenade porte d'avantage sur l'interactivité entre les humains et la nature, et sur l'incitation à construire des valeurs. Chaque poste est conçu en ayant à l'esprit son emplacement sur le terrain et les espèces que l'on y trouve. Profitez bien de la promenade et de tout ce que le Sentier des arrière-grand -mères peut vous offrir.

Le Centre des visiteurs du parc national de Hardangervidda – Skinnarbu vous souhaite la bienvenue pour une petite balade. Ce sentier nature suit le « Sentier des arrière-grand-mères », une promenade facile de 2,5 km. Le trajet prend environ 1 heure. Vous trouverez le long du chemin des bancs et des sièges d’où vous pourrez jouir du calme et du silence de la forêt de bouleaux et des prairies d’altitude. Nous conseillons de suivre le sentier dans le sens de la montre, en prenant à gauche au premier carrefour, au haut de la côte. Vous trouverez sur votre chemin 10 panneaux d’information, dont celui-ci. Skinnarbu est à presque 1000 m d’altitude. Le type de paysage où vous vous trouvez est la forêt de bouleaux de montagne, ou zone subalpine. Toutes les espèces vivant ici sont interconnectées. Elles s’influencent mutuellement, en bien et en mal, et la disparition d’une espèce peut en affecter beaucoup d’autres. Sur votre chemin, vous découvrirez les types de paysages et de plantes présentées ici, et les rapports qui les lient. Vous pourrez aussi approfondir vos connaissances à la bibliothèque intranet du Centre.

N’aimant pas le froid et le vent, la plupart des arbres ne se plaisent pas en montagne, mais le bouleau fait exception. La forêt de bouleaux de montagne abrite les derniers grands arbres avant la limite des arbres. Pour les animaux de la montagne, comme le lièvre, la perdrix des neiges et les petits rongeurs, la forêt est un abri et une source de nourriture. L’hiver, ils peuvent manger les rameaux et les départs de feuilles. Les bourgeons nouveaux sont très nourrissants au printemps. Ils contiennent aussi un antigel, pour protéger les feuilles si la nuit vient à être froide. Le bouleau de montagne peut ainsi devancer la venue de l’été. La forêt de bouleaux abrite un petit papillon appelé épirrite automnale. Tous les dix ans environ, cette espèce abonde. Ses petites larves vertes peuvent dévorer tout le feuillage de la forêt en un été. Deux ans plus tard, le nombre de chenilles chute brutalement, et le bouleau peut jouir d’une décennie de paix avant la prochaine attaque massive. De telles variations sont habituelles, mais nous ne savons pas toujours quel en est le moteur. Les épirrites manquent-elles finalement de nourriture lorsqu’elles ont mangé toutes les feuilles? Beaucoup d’animaux mangent ces chenilles, sont-ils plus nombreux l’année suivante? Ou le bouleau lutte-t-il contre ces parasites en produisant un poison?

Le climat de nos montagnes peut être rude. Le temps change vite. Le soleil et la chaleur peuvent soudain être chassés par la pluie, le vent et la neige. L’été est court, les températures sont basses. Les hommes peuvent s’habiller de vêtements chauds et même les animaux peuvent s’abriter du vent ou migrer vers le sud quand l’hiver approche. Fixées au sol par leurs racines, les plantes n’ont pas cette chance. Le plus vieux genévrier enregistré est un buisson du Nord de la Finlande, vieux de 1070 ans, mais le record de hauteur en Norvège est 17,5 mètres, pour un genévrier d’Idd, dans l’Østfold. Les genévriers que vous voyez ici sont en revanche beaucoup plus bas que ceux d’altitudes ou de latitudes plus clémentes. Ils limitent ainsi leur exposition aux vents violents et au poids de la neige. Le genévrier a un feuillage persistant ; ses feuilles pointues, en forme d’aiguilles, ne tombent pas à l’automne. Cela signifie qu’il peut commencer à exploiter immédiatement l’énergie du soleil au printemps, sans attendre que poussent de nouvelles feuilles. Les baies sont en fait des cônes couverts d’écailles tendres, et mettent deux ans à mûrir. Elles servent de condiment en Scandinavie, parfumant entre autres les soupes, les ragouts et le genièvre/gin.

Sur les 250 espèces de bourdon recensées, pas moins de 35 ont été enregistrées en Norvège. Le bourdon est le plus efficace de nos pollinisateurs, ces insectes qui visitent les fleurs pour y trouver à manger, mais se couvrent dans le même temps de pollen. Lorsqu’ils repartent pour une autre fleur, ils emportent avec eux du pollen sans le vouloir, fertilisant ainsi les fleurs. Sans bourdons, pas de myrtilles. Les fleurs de myrtilliers ne peuvent pas devenir des baies sans être fertilisées, et les myrtilliers ne sont fertilisés que par les bourdons ! Les baies sont très importantes dans la cuisine norvégienne, entre autres pour les confitures et les jus/sirops. L’alimentation de beaucoup d’animaux dépend aussi des myrtilles, entre autres celle de l’ours. Le bourdon Bombus consobrinus s’est spécialisé dans la récolte du nectar des fleurs d’aconit. La fleur d’aconit est très profonde, et ce bourdon a pour cela développé une langue inhabituellement longue, presque aussi longue que son corps, et une tête allongée pour arriver à pomper tout le précieux nectar. Aucun autre bourdon n’a une langue assez longue pour parvenir à polliniser l’aconit. Le Bombus consobrinus a en revanche du mal à collecter le nectar d’autres fleurs. Essayez donc d’aspirer une boisson d’un verre avec une paille aussi haute que vous !

Certains des plus grands héros de la 2e Guerre mondiale ont grandi à Rjukan. Une jeunesse placée sous le signe de la chasse, du ski et de la randonnée leur a permis de bien connaître la région de Skinnarbu. Pour préparer leur opération de sabotage, les héros du Telemark - Jens Anton Poulsson, Arne Kjelstrup, Claus Helberg et Knut Haugeland – ont habité le chalet de Sandvatn du 5 au 22 novembre 1942. Ils ont passé par le marais tout proche lors de leurs reconnaissances. Einar Skinnarland y est resté après l’opération, ravitaillé par son frère Olav qui gérait un hôtel et une boutique. Le troisième frère, Torstein, était aussi engagé dans la Résistance. Einar est l’un des héros de guerre les plus décorés de Norvège, avec la Croix de guerre à deux épées. Pendant l’hiver 44/45, la région a beaucoup servi aux forces de Linge, venues d’Angleterre.

La Norvège a beaucoup de marais car il y fait très froid, et l’évaporation est donc minimale. En fait, les marais couvrent 9 % de la superficie de la Norvège! Les marais protègent la nature qui les entoure, et ainsi aussi les hommes, contre les excès du climat. En cas de sécheresse, ils sont un réservoir d’eau qui irrigue petit à petit les terrains avoisinants. Quand les pluies sont abondantes, ils sont une éponge qui retient une masse considérable d’eau, jusqu’à 13 fois leur propre poids, réduisant ainsi le risque de crue, plus bas dans les vallées. Les marais stockent beaucoup de carbone. Si tous les marais de Norvège étaient drainés, ce serait 950 millions de tonnes de carbone qui seraient relâchés, soit le total des émissions de gaz à effet de serre en Norvège pendant 66 ans. Les marais et zones humides sont des lieux de repos et de nidification pour de nombreux oiseaux migrateurs. Imaginez que vous êtes un pouillot fitis qui doit voler de l’Afrique du Sud jusqu’au nord de la Norvège au printemps. Une pause dans une zone humide prend alors toute sa valeur, parce que celle-ci grouille d’insectes et de larves d’insectes, en particulier de moustiques ! C’est un peu comme un arrêt dans une station-service lorsque vous êtes parti pour un long trajet. Les oiseaux peuvent reprendre beaucoup de poids avant d’attaquer l’étape suivante.

"Le silence et la lenteur, n’est-ce pas là aussi le plaisir de la nature?" Odd Børretzen Extrait de Mere Fjell Les grands arbres, c’est bien Les très vieilles maisons, c’est bien, Mais mieux encore - Les montagnes. Elles ne bougent pas d’un pouce Même si le reste du monde change (comme il doit le faire bientôt), Elles se dressent là immuables pour te permettre d’y reposer ton front, pour t’y rafraichir et te procurer un point fixe. -Rolf Jacobsen de Tenk På Noe Annet (1979)

Le lichen n’est pas une plante, mais une petite communauté composée de plusieurs espèces. C’est un champignon qui forme le lichen proprement dit, et dans ce champignon vivent des algues ou des cyanobactéries qui produisent des nutriments. En bref, un couple à l’ancienne, où l’un construit la maison et protège la famille des éléments, et l’autre fait à manger. Les Cladonia (lichen à rennes) sont une forme de lichen très appréciée, puisqu’elle nourrit les rennes l’hiver. Le lichen contient très peu de nutriments, et le renne doit donc tenter d’économiser au mieux son énergie jusqu’au retour du printemps. Les hommes ont aussi utilisé le lichen comme aliment, le lichen d’Islande était entre autres souvent mélangé à la pâte à pain La plupart des lichens sont très sensibles à la pollution atmosphérique. On peut en conséquence supposer que l’air est pur là où le lichen abonde, comme à Skinnarbu. On peut également supposer que là où les lichens sont rares, par exemple au centre d’Oslo, l’air est pollué par les fumées et les gaz d’échappement. Faites le test vous-même en rentrant: les lichens y sont-ils plus abondants sur les arbres qu’ici ?

Les animaux, les oiseaux et les hommes récoltent des plantes poussant en montagne. Nos préférées sont les baies. Dans les marais bordant le chemin poussent des mûres arctiques, très appréciées des Norvégiens. On en fait des confitures, des liqueurs et, mélangées à une chantilly, un dessert. La fleur est blanche et très sensible au froid. S’il gèle au printemps après la floraison, il n’est pas sûr que les fleurs survivent. La récolte d’automne est alors perdue. Les baies sont rouges et dures en grandissant, mais deviennent orange et juteuses à leur maturité. La préférée des oiseaux est la camarine. Ses baies sont noires, ce qui colore en bleu ou en violet les déjections des oiseaux. La camarine est acide et pleine de graines dures, mais son jus est apprécié. Les feuilles sont toxiques. Quand elles tombent au sol et se décomposent, elles libèrent ces toxines, empêchant ainsi les plantes concurrentes d’approcher de trop près la plante mère. Les fleurs d’airelles font de jolies clochettes blanches. Au printemps, elles deviennent des baies rouge vif, un peu acides. Ces baies contiennent beaucoup d’acide benzoïque, un conservant très répandu dans l’industrie alimentaire. La confiture d’airelles se conserve ainsi des années sans se gâter ! Les airelles aiment le soleil, mais aussi la sécheresse. Le dessus des feuilles est pour cela couvert d’une cire brillante qui les protège de la dessication.

Vous pensez peut-être que la Norvège a beaucoup de paysages naturels, mais comme dans le reste du monde, ils diminuent chaque année. C’est en particulier le cas de terres totalement vierges, loin des maisons, chalets, chemins et autres lignes électriques. Et pourtant, il nous en reste beaucoup plus que la plupart des autres pays d’Europe. Quand les terres vierges diminuent, ce sont beaucoup d’espèces et d’écosystèmes qui disparaissent avec elles. En conséquence, le type de nature qui les remplace est plus uniforme. Les hommes aussi le ressentent. Une grande diversité dans la nature est nécessaire pour, entre autres, purifier l’air et l’eau, polliniser nos aliments et recycler les plantes et les animaux morts. La nature nous procure des aliments et des matériaux, ainsi que des molécules chimiques pouvant nous servir de médicaments. La nature a également sa valeur propre, comme source de découverte et de plaisir à travers les activités vertes. Les générations à venir doivent pouvoir, elles aussi, en profiter. Répondre aux défis posés par le climat et l’environnement est l’une des tâches majeures de notre temps. Nous sommes nous-mêmes la cause des problèmes d’environnement, par la façon dont nous utilisons et consommons les ressources naturelles. Nous espérons que ce sentier nature vous aura plu, et qu’il vous encouragera à protéger l’environnement de votre région d’origine.