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Voyagez comme les locaux et rejoignez-nous pour cette croisière dans le fjord reliant la ville côtière d'Ålesund au magnifique fjord de Geiranger, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. En 3 heures aller simple, vous découvrirez trois fjords caractéristiques et des paysages spectaculaires, dont les cascades des Sept Sœurs et du Suiveur.

Au nom du capitaine et de son équipage, nous vous souhaitons la bienvenue à bord. Pour votre sécurité, nous vous demandons de prêter une attention particulière à cette annonce : Veuillez noter l'emplacement des sorties de secours et des extincteurs. Ils sont clairement indiqués et des panneaux muraux les indiquent. Des gilets de sauvetage sont à disposition de tous les passagers à bord. Ils sont situés dans des conteneurs au-dessus des sièges du salon. Si le capitaine vous le demande, vous devez enfiler un gilet de sauvetage immédiatement. En cas d'abandon du navire, l'équipage mettra à l'eau des radeaux de sauvetage. Restez calme et vigilant et suivez les instructions du capitaine et de l'équipage. Nous vous rappelons qu'il est interdit de fumer à bord du navire. Merci de votre attention. Nous vous souhaitons un agréable et mémorable voyage à bord.

Bienvenue à bord, pour ce voyage qui vous emmènera de la ville Art-Nouveau d’ Ålesund, le long de la côte, au petit village de Geiranger. On vous parlera un peu des choses que vous verrez en route et davantage sur ce que vous ne verrez pas directement. Le trajet durera environ trois heures. Vous constaterez que les paysages changeront progressivement, passant des espaces ouverts, spacieux et lumineux d’Ålesund et de l’océan aux reliefs dramatiques et accidentés vers l’intérieur des terres. Autrefois, le périple de 100 kilomètres pouvait durer une journée entière, selon le type de bateau. De nombreuses personnes faisaient ce voyage, une seule fois dans leur vie, ce qui rendait la traversée unique. Nous espérons que vous aussi, vous aurez l’impression que ce voyage est spécial.

Même si les habitants d’Ålesund se battent parfois avec la météo, l’emplacement de la ville est parfait. Les agriculteurs pêcheurs ont trouvé un refuge abrité, autour d’un étroit passage entre deux îles. On y trouvait de riches bancs de poissons tout proche, ce qui rendit l’endroit, idéal pour le commerce. La Norvège exportait de la morue sèche en Europe, depuis le début du Moyen-âge. La demande en morue était non seulement motivée par l’interdiction catholique de manger de la viande durant le Carême, mais aussi par la grande valeur des poissons qui pouvaient être stockés et transportés sur de longues distances. Le climat sur la côte nord-ouest étant idéal au séchage du poisson, les conditions devinrent, à partir de la fin du 18ème siècle, favorables pour l’augmentation des exportations de poissons provenant de cette région. L’industrie de la morue séchée fut la raison pour laquelle Ålesund obtenu son statut de ville en 1848. Depuis lors, la ville est devenue un des ports de pêches les plus importants de Norvège, et le plus grand port d’exportation de poissons du pays. Aujourd’hui, 50000 personnes vivent à Ålesund. Ålesund est également renommée pour son architecture particulière d’Art Nouveau. Celle-ci est née des suites de l’incendie ravageur qui s’est propagé une nuit de janvier 1904. 850 bâtiments ont été détruits dans l’incendie, qui a laissé 12000 personnes sans-abri et a fait une victime. L’aide arriva de toute part, ainsi que des architectes ayant de nouvelles idées. En seulement quelques années, le centre de la ville fut reconstruit, avec des bâtiments conçus dans les styles modernes de l’Europe contemporaine. Ålesund demeure confiante dans son statut de capitale de pêche du Sunnmøre, tout en gardant les yeux sur l’horizon, vers d’autres ports et les nouvelles tendances.

Ici dans le nord, les nuits d’hiver sont longues et celles d’été sont claires. C’est peut-être la raison pour laquelle nous aimons les feux de joie. Une chose est sûre : s’asseoir autour d’un feu et regarder les flammes s’embraser durant une nuit d’été nous tient particulièrement à cœur. A la Saint Jean, les jeunes provenant de différents endroits d’Ålesund avaient pour habitude de faire une compétition pour celui qui construisait le plus grand et beau feu de joie. Vous n’imagineriez pas la quantité d’énergie, de ruse et d’ardeur qu’ils arrivaient à rassembler afin de gagner la bataille. Aujourd’hui, les feux de joie ne sont plus autorisés dans le centre-ville, mais ces jeunes consacrent désormais leur passion à construire une structure impressionnante. Chaque année, un groupe de jeunes construisent un énorme feu de joie sur un îlot, près du hangar à bateaux. Ils passent des mois sur cette construction, l’escaladant et y empilant des palettes, tout en étant attachés, en toute sécurité, avec des équipements modernes d’escalade. La nuit de la Saint Jean, le 23 juin, on allume le feu de joie. En 2016, un nouveau record mondial a été établi, avec un feu de joie de 47 mètres de hauteur. Mais le feu de joie représente toujours une expérience exceptionnelle, même quand il n’y a pas de nouveaux records.

Nous naviguons maintenant au dessus de notre garde-manger ! Le fjord de Borgund est un lieu de reproduction important pour les morues migratrices. Chaque hiver, de février à avril, des pêches ont lieu dans le fjord de Borgund, et ce depuis des milliers d’années. Selon d’anciennes sources écrites, datant des années 1760, le nombre de navires participants était de plus de 500, ce qui représentait environ 3000 pêcheurs. Et ce nombre ne comprenait pas les pêcheurs des autres communautés. La plupart des fermes de la région du Sunnmøre participaient à ces grandes pêches. Les pêcheurs venaient d’ici ou d’ailleurs. Même ceux qui habitaient au fin fond du fjord ou sur les rives lointaines, partageaient les bateaux pour participer à la pêche annuelle à la morue. Le fjord était bondé de monde, et on peut supposer qu’il y avait de nombreux conflits. Nous pouvons difficilement imaginer comment c’était avec autant de pêcheurs arrivant en masse. Sur les îles au large d’Ålesund, les insulaires construisirent des auberges pour accueillir tous ceux qui venaient pêcher. Les pêcheurs apportaient leurs provisions, mais payaient pour le logement et le cuisinier qui préparait leurs repas. Aujourd’hui, la pêche se fait avec des méthodes modernes et d’une façon plus réglementée, afin de protéger les stocks de morue. Mais les pêches du printemps restent un important événement annuel, que vous veniez pour le travail ou pour le plaisir. Et n’est-ce pas merveilleux que vous puissiez utiliser votre canne à pêche pour attraper votre propre dîner, tout en vous baladant dans le centre d’Ålesund.

Il y aura toujours des bateliers habiles, quand les poissons sont nombreux et que la pêche est importante. Et une personne douée dans la construction et réparation de bateaux jouira toujours d’un grand respect. L’aventure de la pêche en haute mer à Ålesund débuta dans les années 1860. La flotte de pêche, auparavant composée d’embarcations traditionnelles ouvertes, sera dès lors remplacée par de grands navires de haute mer. Les compétences de construction navales ne cesseront d’évoluer. Nos nombreux chantiers navals ont conçu tous types de bateaux : des chalutiers, des bateaux de recherche, des navires de croisières, des ferry- et bien sûr ce bateau même ! Il y a quelques années, le Centre de Compétence Maritime Norvégien a été créé à Nørvasundet à Ålesund. Le groupe maritime fait partie du Campus d’Ålesund et rassemble les chercheurs, les intérêts économiques et les fonds. Le but est de fournir un des plus importants interlocuteurs de Norvège pour le développement des compétences maritimes. Le grand bâtiment abrite toute une série de simulateurs spécialement conçus pour fournir des formations aux personnes et navires impliqués dans les opérations compliquées à grande échelle. Alors que les simulateurs vibrent dans le Centre de Compétence, le knarr de Borgund danse paisiblement à son amarrage, de l’autre côté de la baie. Il s’agit d’une réplique d’un bateau marchant Viking, datant de plus d’un millier d’années. Ce type de navire date du haut Moyen-Âge, quand Borgund était le centre régional pour le commerce et la pêche. Le knarr appartient au musée de Sunnmøre, qui se trouve à l’emplacement de la vieille ville. Ce musée en plein air expose une collection de vieux bateaux et est devenu un centre d’excellence dans l’histoire maritime de Sunnmøre.

Autrefois, le fjord était la route principale. Même ceux qui vivaient loin des fjords devaient avoir un accès à un bateau. Car ils passaient leur vie à ramer. Ils ramaient pour visiter les voisins, aller à l’église, récolter le fourrage pour le bétail et pour amener les enfants à l’école. Ils ramaient pour appeler la sage-femme ou le médecin, ou pour aider le bétail coincé dans les montagnes. Ils ramaient pour aller pêcher. Tous leurs produits destinés à la vente, ou ce dont ils avaient besoin d’acheter, étaient transportés par la mer. Le premier bateau à vapeur côtier est arrivé en 1857. Dès 1870, il y avait un service hebdomadaire entre Ålesund et Geiranger. Depuis les années 1900, le fjord était déjà très fréquenté avec toutes sortes de navires, y compris des bateaux de croisières. Le paquebot était toujours le bienvenu. Mais si les personnes vivant dans des fermes isolées avaient besoin de ses services, ils devaient ramer jusqu’à la moitié du fjord. Les bateaux transportaient le lait des fermes aux laiteries. Il y avait des ferrys pour passagers, un bateau ambulance, le bateau du médecin et aussi un bateau de l’église. Et parfois, le bateau public faisait office de tout ça en même temps. Pendant ce temps, nos routes étaient améliorées, ce qui augmentera le nombre de voitures. Les premiers ferrys pour voitures ont été introduit dans les années 1920, et depuis, le transport routier n’a cessé d’augmenter. Dans les années 1960, nous avons commencé à construire des tunnels dans les montagnes. Ce qui nous a permis d’avoir des routes sans neige l’hiver et un accès plus rapide à l’hôpital. Aujourd’hui, les soins médicaux d’urgence ne sont plus qu’à quelques minutes en hélicoptère. Ce bateau entre Ålesund et Geiranger offre effectivement la meilleure liaison. Pas besoin d’attendre un ferry ou d’être retardé par le trafic touristique. Détendez vous plutôt, respirez l’air frais, profitez d’un rafraichissement et reposez vous durant la durée de cette traversée.

La région du Sunnmøre est riche en traditions musicales. Presque chaque village a sa chorale et son orchestre. La scène musicale traditionnelle donne l’occasion à tout le monde de jouer et chanter comme bon lui semble. Les jours de la semaine et les jours féries sont toujours accompagnés de musique, afin de célébrer l’amour ou de soulager les chagrins. On utilise aussi la musique pour appeler nos animaux, nous donner de la force lors d’un travail manuel et bercer les enfants. Entre deux commentaires, on mettra de la musique, qui d’une manière ou d’une autre, est liée à ce voyage le long du fjord. Le compositeur, les musiciens et les chanteurs peuvent être originaires d’ici, ou cette musique peut témoigner de notre identité ou être indissociable du paysage.

Nous sommes fiers de perpétuer la longue tradition du bateau local reliant nos villages le long du fjord à Ålesund. Et pourtant, votre voyage est très différent de celui effectué par les passagers il y a plus d’un siècle. A l’époque, même si vous voyagiez en première classe, il n’était pas rare de rencontrer une personne familière en seconde classe, dont vous connaissiez les talents de conteur, et qui vous amuserait tout le long du voyage. Attention, on ne pouvait pas toujours se fier à ces histoires. Si vous étiez sur le chemin du retour, vous seriez éventuellement en compagnie de jeunes filles, en route vers les fermes d’alpage pour y travailler l’été. Et si vous alliez vers la ville, vous bavarderiez certainement avec un agriculteur à destination du marché avec son fromage de chèvre. Ou encore y aurait-il une jeune femme à bord, à destination de l’hôpital pour donner naissance à son enfant. Elle accouchera peut-être ici, dans le salon. Dans ce cas, préfériez vous vous occuper des chevaux, dans l’étable à bord du bateau ? Toutefois, la vue sur les montagnes est la même qu’à l’époque, les cascades sont identiques, et l’air est tout aussi vif.

Pouvez-vous apercevoir les fermes blanches et rouges sur le promontoire, au sud ? Elles abritent un homme, qui est devenu une célébrité internationale par le choix de vie qu’il a décidé de mener il y a quelques années. Il en avait marre de la routine d’une vie et d’un travail quelconque. Il se levait tous les jours, allait travailler, revenait à la maison et prenait son dîner. Chaque jour, la même chose. Il décida donc de quitter son emploi et de s’installer à Røneset, une ferme non accessible par la route. Il voulait vivre là bas et devenir aussi autonome que possible, loin des gens. Depuis plusieurs années, nous regardons à la télévision Severin Rønes exercer ses activités quotidiennes. Après les premiers épisodes, Severin reçut de nombreuses lettres avec des propositions de mariages de femmes rêvant de ce type de vie solitaire. Une d’elle a gagné son cœur, et nous restons toujours de fidèles téléspectateurs, regardant les évènements au fur et à mesure qu’ils se déroulent. Ce type de concept, Slow TV, est devenu très populaire en Norvège et à l’étranger. D’autres exemples incluent : la série « Hurtigruten, minute par minute », ou encore d’autres programmes comprenant du tricotage, des feux de bois et la migration de rennes. Alors qu’aujourd’hui nous pouvons choisir toutes sortes de divertissements et de merveilleuses productions cinématographiques, nous sommes captivés devant nos écrans de télévision à regarder, par exemple, un train reliant Oslo à Bergen, minute par minute, et ce en temps réel. Ou on regarde Severin Rønes couper un morceau de viande avarié d’un gigot d’agneau, et d’y ajouter du sel.

« Si tu as une ferme, tu auras un gagne-pain », disait un père, vivant dans une ferme le long du fjord, à son fils, en essayant de l’encourager d’acheter une ferme de l’autre côté du fjord. La ferme était située dans un relief escarpé, mais relativement protégée des avalanches. Il y avait des terres arables, des pâturages pour les animaux, de riches territoires de chasse et une abondance de poissons dans le fjord. Avec un peu de ruse et de dur labeur, il y serait possible d’avoir une belle vie et de gagner sa vie. Ceci était il y a plus de cent ans. Nous croiserons nombreuses de ces fermes, uniques à cette région. Elles se trouvent sur les versants des montagnes, sous les rochers, ou au bord de mer. Vous vous demandez peut-être pourquoi des gens ont décidé de s’installer dans cet environnement escarpé et inaccessible, isolé et constamment menacé par le risque d’avalanches. L’histoire des fermes du fjord et de leurs habitants est l’histoire de personnes qui ont fait ce qu’il fallait pour survivre. Elles se sont adaptées aux conditions naturelles aussi bien qu’elles le pouvaient, et ont mobilisés les ressources autant que possible. Nombreux ont réussi à y mener de belles et enrichissantes vies. Mais l’écart entre l’espoir et le désespoir pouvait être court : un faux pas ou une pierre humide et instable pouvaient signifier une mort soudaine. Vers la fin des années soixante, toutes les fermes du fjord avaient été abandonnées. La société norvégienne avait considérablement changé, et rester dans ces fermes était devenu trop coûteux et difficile. Nombreux sont ceux qui ne voulaient plus vivre sous la menace des avalanches. Une des personnes qui est partie pour s’installer dans le village d’Hellesylt, a dit lors d’une interview : « Même si c’était un soulagement de partir, c’était comme si un morceau de moi y est resté. C’était comme si j’avais abandonné ma joie dans ces montagnes ».

Quand un voyage est particulièrement long et pénible, les norvégiens parlent souvent d’une « traversée vers l’Amérique ». Bien sûr, nous ne faisons pas allusion à une escapade aux Etats-Unis, mais plutôt au périple dangereux que nos parents, grands-parents, arrière grands-parents et d’autres proches ont entrepris au 19ème et début du 20ème siècle. Environ 800000 norvégiens ont quitté leur foyer durant cette période, pour aller en Amérique du nord. La migration a commencé des fermes de montagnes, sur la côte ouest, pour s’étendre vers les centres urbains et le reste du pays. Pourquoi sont-ils partis ? On parle du « rêve américain », mais les motivations étaient nombreuses : la pauvreté, le manque de surface habitable, le chômage. D’autres cherchaient une plus grande liberté personnelle. Ou peut-être avaient-ils le goût de l’aventure ? Ce qu’ils avaient tous en commun était le rêve de meilleure vie et futur de l’autre côté de l’océan. Traverser l’Atlantique pouvait prendre plusieurs semaines, même si les voiliers étaient rapidement remplacés par des paquebots à vapeur. Beaucoup faisaient leurs adieux sur le quai de Geiranger, Stranda ou Sjøholt, avant d’embarquer sur le bateau de service local en direction d’Ålesund. Ils continuèrent ensuite vers Bergen ou Stavanger, où ils embarquaient sur un navire en direction d’Ellis Island à New York. Ils se dispersaient ensuite vers le Minnesota et d’autres états du Midwest américain. Certains y ont trouvé leur bonheur: envoyer des billets et de l’argent à la maison et faire venir leurs familles. D’autres sont revenus après un certain temps, avec de formidables histoires sur leur aventure en Amérique. D’autres encore ont fait de leur mieux pour créer une vie dans un nouveau pays.

C’est à cet endroit, entre le village de Dyrkorn au nord et les fermes de Skotet au sud, que le Storfjord est le plus profond. L’eau, en dessous de nous, est environ de 680 mètres de profondeur. En comparaison, la montagne au dessus de nous est de 840 mètres de hauteur. Ce qui veut dire que vous êtes perchés sur une membrane entre les abysses sombres et profondes et le sommet haut et lumineux. Pouvez vous imaginer à quel point cette vallée serait profonde et étroite, s’il n’y avait pas eu de l’eau ?

La ferme de montagne de Ytste Skotet est joliment située sur un versant à 225 mètres au dessus du fjord. Elle est habitée depuis l’époque Viking. Ytste Skotet était une grande exploitation, avec un peu plus de 11 acres de cultures. C’était le plus grand producteur de céréales de la région. Les anciens propriétaires ont quitté la ferme en 1954. Mais ils étaient si tristes de voir la ferme tomber en ruine, qu’en 1989 ils ont décidé de la donner aux Amis de Storfjord. Cette organisation a accompli un travail impressionnant de conservation et restauration d’un bon nombre de fermes de montagne le long du Storfjord. Ytste Skotet a été intelligemment restaurée et est désormais un musée ainsi qu’un centre d’accueil populaire, surtout auprès des écoliers. Des gens vivent ici durant l’été, et ils gèrent la ferme comme à l’époque. La visite de la ferme nous apprend sur la vie rurale d’antan, comment les choses étaient faites, ainsi que ce qui est important et ce qui mérite d’être préservé. A travers leur travail, les Amis du Storfjord s’assurent que nous puissions tous voir et visiter les anciens bâtiments. En plus de cela, ils organisent des formations et effectuent des travaux de restauration, afin de transmettre l’artisanat traditionnel et les savoir-faire aux nouvelles générations. Le patrimoine ne concerne pas seulement les bâtiments, mais aussi les compétences, les techniques, et les façons de penser.

Il nous serait impossible de vous montrer ces fermes et de vous raconter l’histoire de ceux qui y ont vécu sans l’incroyable effort réalisé par leurs descendants et un groupe d’enthousiastes appelé « les Amis du Storfjord ». Depuis les années soixante-dix, ils travaillent en permanence pour protéger cet héritage culturel. Ces fermes témoignent de ce que les hommes sont capables de réaliser aux marges de la société et de comment les gens peuvent pousser leurs limites quand c’est nécessaire, avec de la ruse, de l’ingéniosité, du dur labeur et une bonne dose d’obstination.

Stordalsholmen possède une histoire passionnante en tant que ferme du fjord, chantier naval, relais de poste, port de secours et lieu de commerce. Mais Stordalsholmen est aussi réputé pour être le dernier endroit dans la région du Sunnmøre où on a brûlé des sorcières. En 1664, Marit Rasmusdotter Bjørdal, surnommée Sva-Maska, d’Hellesylt, fut condamnée à mort pour magie et sorcellerie. La Cour décida qu’elle serait décapitée et que son corps serait brulé sur le bûcher. Ceci s’est déroulé, ici, juste à l’endroit du phare actuel. Cet événement est lié aux nombreux procès pour sorcellerie qui ont eu lieu à cette époque en Norvège et partout en Europe. Il y a 350 ans, les sorcières étaient brulées, par milliers, dans toute l’Europe. La plupart des personnes accusées, torturées et condamnées pour sorcellerie étaient des femmes. Dans ce pays, c’est entre 1600 et 1670, qu’on a vu le nombre le plus important de condamnations au bûcher: 14 dans la région de Møre et Romsdal. Mais qu’avait donc fait Sva-Maska ? Le bruit courait qu’elle faisait des pactes avec le diable. Sva-Maska était très douée avec son bétail, ses vaches produisaient plus de lait que celles des voisins. Peut-être que quelqu’un les menaça, elle et son mari, de leur retirer l’accès commun aux pâturages, et peut être qu’elle avait la langue bien pendue et qu’elle leur a dit ce qu’elle pensait. Dans une société où la croyance aux lutins et démons se mélange avec l’idée d’un dieu strict et autoritaire, il n’en faut pas beaucoup pour que les potins des villageois livrent une femme comme Sva-Maska au bûcher.

Le village de Stordal est petit en termes du nombre d’habitants, mais d’une grande importante pour l’impact qu’il a eu sur l’industrie de meubles en Norvège. En effet, Stordal est toujours qualifié comme « le village des meubles », bien que la production de meubles ait culminé en 1992, avec plus de 400 fabricants y travaillant. Ce qui est impressionnant pour un village dont la population atteint à peine un millier. Si jamais vous visitez le village, ne manquez pas « l’Eglise de la Rose », afin d’y admirer son architecture et ses ornements uniques. Pendant longtemps, les villageois ont beaucoup investi dans les jeunes générations. Ils considèrent le village comme « une communauté pour les jeunes », car ils estiment que Stordal offre une riche variété d’activités pour les enfants et jeunes gens, mais aussi car ils veulent s’engager à faire de Stordal un meilleur endroit pour les enfants.

Sur la rive ouest, vous pouvez apercevoir un ensemble de bâtiments, au bord de l’eau. Il s‘agit de la station hydroélectrique de Fausa, une des premières centrales électriques de la région de Sunnmøre. Le petit bâtiment avec le toit incliné abritait à l’origine la première centrale électrique, mise en service en 1929. La grande station, à gauche, est opérationnelle depuis 1952. Le machiniste, qui s‘en occupait, habitait dans la petite maison blanche, au bord de mer. Stranda a été un des premiers villages de la municipalité à avoir de l’électricité. La première station fut déjà ouverte en 1912. Peu de villages dans la région de Sunnmøre avaient accès à l’électricité si tôt. Ceci contribua à l’entrée précoce de la ville dans le secteur industriel. La production de meubles a été particulièrement importante dans cette région. La première centrale hydroélectrique dans les régions internes du Sunnmøre a été construite par l’hôtelier Mjelva à Geiranger. Il avait besoin de l’électricité pour son Hotel Union, et a donc décidé de s’en occuper lui-même en 1907. Aujourd’hui, ça fait maintenant plus de cent ans que les premières centrales hydroélectriques ont apporté l’électricité aux cuisinières et aux lampes dans les villages. Nous avons maintenant beaucoup de centrales, grandes et petites. Elles exploitent l’accès direct du pays aux montagnes, à l’eau et aux précipitations. Nous sommes autonomes en énergie propre et nous sommes le sixième plus grand producteur d’énergie hydroélectrique au monde.

Stranda est une des plus grandes villes de la région, avec environ 4000 habitants. Son économie est basée sur une solide industrie alimentaire. C’est ici que se trouve la célèbre entreprise Stabburet. Depuis sa création en 1980, l’entreprise a produit plus de 500 millions de pizzas surgelées. La ville est aussi un important producteur de charcuterie. Stranda est aussi un lieu d’apprentissage. Il y a deux écoles d’enseignement secondaire supérieur, une d’entre elles offrant même un cours spécialisé de ski. Ce qui n’est pas surprenant vu que Stranda est aussi une des meilleures stations de ski du pays. Il y a une télécabine qui vous emmène tout au sommet, d’où on peut jouir d’une vue imprenable sur le fjord et les chaines de montagnes.

La branche du fjord, qui va vers l’est, s’étend jusqu’à Tafjord. De nombreux villages charmants longent le fjord : Liabygda, Eidsdal, Norddal, Valldal, Fjørå et Tafjord. Valdall est connu comme le « village des fraises », cultivant plus de la moitié de la production de fraises de la Norvège. Le climat favorable et les mois d’été clairs leur donnent cette douce saveur si particulière. Les montagnes de Tafjord sont appréciées des randonneurs. Leur géologie est également intéressante et elles approvisionnent l’endroit en énergie hydroélectrique, grâce aux barrages et à la régularisation des rivières.

Le folklore norvégien nous raconte que des créatures magiques comme les nymphes et les trolls vivent dans les montagnes bleues, mais est-ce que les montagnes sont réellement bleues ? Ici, comme vous pouvez le constater, la roche a différentes couleurs. L’endroit où vous voyez des exploitations de carrières s’appelle Robbervika, ou « la baie de roche rouge ». Depuis les années quatre-vingt, cette mine à ciel ouvert produit des tonnes d’olivine, un minéral que l’on trouve ici en abondance. L’olivine est une roche fragile et vitreuse, d’une très belle couleur verte. Mais lorsque l’olivine s’oxyde, elle devient brun rougeâtre. On voit souvent des affleurements rouges dans les endroits riches en olivine. L’olivine est un des minéraux industriels les plus importants de Norvège. Le pays est responsable de plus de 50% de la production mondiale d’olivine. L’olivine a un point de fusion élevé, et est utilisée dans la production du fer brut, comme sable de fonderie et dans les briques réfractaires. La plupart des fermes dans cette région ont utilisé, à un moment donné, une pierre à aiguiser, faite avec l’olivine de Raudbergvika. Les agriculteurs l’employaient pour affûter leurs couteaux et faux, mais il se peut qu’on l’utilise encore aujourd’hui pour aiguiser le couteau des enfants désireux de construire des flûtes en sauge au printemps.

Le Storfjord a plusieurs branches qui s’enfoncent durant 100 kilomètres à l’intérieur des terres. Il s’étend depuis son embouchure à Ålesund et l’océan atlantique jusqu’à la tête du fjord de Geiranger. Il est le cinquième fjord plus long de Norvège. Les nombreuses rivières qui se jettent dans le Storfjord lui fournissent un apport constant d’eau douce. Par le passé, cela signifiait que les branches les plus profondes du fjord étaient pratiquement toujours gelées l’hiver. Ce qui créait souvent un sérieux problème car le transport maritime crucial cessait également. Mais maintenant, les hivers semblent plus doux, et ça fait bien longtemps que nous avons eu besoin des services du brise-glace.

Ceux qui vivent ici, parmi ces montagnes, s’en réjouissent, mais aussi les respectent. Parfois même ils leur demandent conseil. Cette histoire a été racontée depuis des générations, sous différentes versions. Un couple de propriétaires agricoles était invité à une fête, mais seul l’un d’entre eux pouvait y aller. Comme tous les deux voulaient s’y rendre, ils décidèrent donc de demander conseil aux montagnes. Ils allèrent dehors, et l’épouse demanda en premier : « Dois-je rester à la maison ou aller à la fête ? », cria t’elle. « A la fête, à la fête », la montagne répondit. Maintenant c’était au tour du mari de demander : « Dois-je aller à la fête ou rester à la maison ? » cria t’il. « A la maison, à la maison », la montagne renvoya en écho. Et c’est ainsi que l’épouse décida d’aller à la fête alors que son mari resta à la maison.

La fissure d’Åkernesrivna se trouve dans les montagnes, à l’est. Cette fissure révèle la véritable nature de notre paysage et nous rappelle que les dangers du quotidien n’appartiennent pas qu’au passé. Haut dans les montagnes, il y a une fissure de 600 mètres. Elle est de 25 mètres, à son point le plus large. Si le flanc entier de la montagne venait à se détacher, 54 millions de mètres cubes de roches tomberaient dans le fjord. Ceci est impossible à imaginer. Dans le pire des cas, la chute des rochers provoquerait une onde, un tsunami qui déferlerait de 85 mètres au dessus d’Hellesylt, et 70 mètres au dessus de Geiranger. Il ne resterait pratiquement plus rien de ces villages, et toutes les communautés le long du Storfjord en seraient affectées. Et pourtant, nous dormons sur nos deux oreilles la nuit, car la montagne est constamment surveillée par du matériel de pointe. Pouvez vous voir l’héliport là haut ou les équipements scintillant sous le soleil ? Si la montagne bouge, les mouvements seront enregistrés par des instruments. Si les mouvements représentent un réel danger, l’alarme se déclenchera, et les gens seront évacués vers des endroits protégés. Nous avons eu des exercices, nous savons ce que nous devons faire. L’histoire nous a enseigné l’étendue des désastres provoqués par un tsunami. Nous voulons donc être certain qu’aucune vie ne sera perdue la prochaine fois que ça se passera.

Vous ne pourrez peut être pas distinguer cette petite ferme sur la rive ouest, mais Me-Åkerneset se trouve à 100 mètres au dessus du niveau de la mer. Ici, le risque d’avalanche est tellement important que la ferme, la grange et l’étable ont été construites en un seul bâtiment allongé, caché étroitement sous le rocher. C’était pour s’assurer que toute avalanche passe au dessus des bâtiments plutôt que de les écraser. Car ici, il y aurait certainement des avalanches. Parfois, des personnes ont été emportées, d’autres fois, seulement des bâtiments. Solveig était la dernière agricultrice de Me-Åkerneset. Elle a décrit l’évènement qui l’a fait partir comme suit : « Ca s’est passé au début du mois de Février 1952. J’étais sur le point de faire un gâteau pour la fête des mères, quand soudainement j’ai senti que je ne pouvais plus respirer. Tout était devenu sombre. La couverture de neige s’est écroulée. La pression d’air dans la cheminée était telle que le poêle s’est effondré au milieu du sol ! La lumière est revenue. Aucun mot ne peut décrire la destruction. L’avalanche a emporté la moitié de la grange et du foin. C’est ainsi que nous avons pensé à partir. » Six ans plus tard, la famille abandonnait la ferme.

Si vous regardez vers l’est, vous apercevrez, perché sur la montagne, un village abandonné: Oaldsbygda. En 1910, ces dix fermes abritaient environ soixante-dix personnes. Ils avaient une poste, un quai et même leur propre école. En 1930, les villageois construisirent une ligne téléphonique, avec l’aide de volontaires habitant de l’autre côté de la montagne. Mais après la deuxième guerre mondiale, les locaux commencèrent à déménager. Les petites communautés sont fragiles. Dès que des gens partent, les choses deviennent un peu plus difficiles pour ceux qui restent.

Il y a peu d’endroits aussi idylliques qu’un fjord calme et paisible, et peu de choses aussi reposantes qu’un bateau qui dérive doucement et en toute sécurité sur le fjord, avec peut être une ligne de pêche en main, pendant que vous laissez votre esprit vagabonder. Pourtant, le fjord peut aussi être cruel et dangereux. Le vent peut soudainement se lever et secouer votre petit bateau. Dans le coin, une croix a été gravée dans la roche. Elle commémore un cortège nuptial, qui, au 16ème ou 17ème siècle, s’est noyé sur le chemin du retour vers Geiranger, après que les mariés se soient unis à Stranda. Les détails ne sont pas connus, mais il semble que le cortège ait été pris dans une tempête, qui a renversé le bateau et précipité tout le monde à la mer. Ils n’avaient aucune chance. Et à l’époque, il n’y avait pas de gilets de sauvetage, ils devaient donc se fier à leur propre force et espérer une intervention divine.

Ici, là où les fjords de Geiranger et de Sunnylven se rejoignent, nous vous donnerons un bref aperçu des évènements des 10000 dernières années. Allez sur le pont et faites un tour complet. Vous avez la tête qui tourne? On va vous expliquer pourquoi. Sur le promontoire qui surplombe le fjord, vers l’est, vous pouvez apercevoir une clairière dans la forêt, à environ 60 mètres au dessus du niveau de la mer. C’était autrefois la ferme de Lundanes, qui fut habitée jusqu’en 1920. Ici, les archéologues ont trouvé des pointes de flèches et des outils en silex, bien plus vieux : ils ont été datés de la période paléolithique. En d’autres termes, les chasseurs cueilleurs ont vécu ici il y a plus de 9000 ans. C’était il y a longtemps. En raison du changement climatique, la couverture de glace d’un kilomètre d’épaisseur qui avait érodé et rongé le continent pendant des milliers d’années commença à fondre et à se retirer. L’endroit devint ainsi habitable. Des rennes et d’autres animaux vinrent s’y promener, et les chasseurs-cueilleurs suivirent cette source de nourriture, arc et flèches en main. A cette époque, le campement était situé au bord de l’eau, mais vu que la terre s’est soulevée quand la glace fondit, celui-ci se trouva maintenant à 60 mètres au dessus du niveau de la mer. Dans les montagnes, au dessus de Lundanes, les vestiges des pièges pour animaux sauvages sont témoins des activités des premiers pionniers. Des murs de pierres étaient construits pour diriger les troupeaux de rennes vers des cachettes où les chasseurs les attendaient. Les gens continuent toujours la chasse dans ces montagnes, offrant une riche faune. Vous avez constaté un bon nombre de vieilles fermes, il va y en avoir d’autres. Dans les montagnes, vers l’ouest, vous pouvez apercevoir des fermes modernes le long de la route récemment restaurée, et à l’autre bout du fjord, vous verrez le paisible village d’Hellesylt. Nous venons donc de parcourir plus de 10000 ans en peu de temps. Pas mal du tout !

La petite ferme, au bord de l’eau, sur la rive nord s’appelle Matvika. La terre y est riche et fertile, et les fermes sont situées dans un endroit à l’abri des avalanches. De nombreuses cultures poussaient ici. Par exemple, ils y ont récolté jusqu’à 100 kilos d’abricots, un fruit qu’on ne s’attendrait pas à rencontrer sur les rives d’un fjord norvégien. Les voisins les plus proches vivaient à une certaine distance. Il n’y avait ni électricité, ni ligne de téléphone. Comment pouvaient-ils donc signaler à leurs voisins qu’un accident s’était produit, qu’un enfant allait naître ou qu’ils avaient besoin d’aide pour sauver leurs récoltes de foin contre les éléments de la nature ? Quand les gens de Matvika avaient besoin d’aide, ils le signalaient en plaçant une couverture noire sur la neige en hiver ou un drap blanc sur le toit en été. Ils pouvaient alerter leurs voisins en plaçant une lampe aux fenêtres, en l’allumant et l’éteignant, ou ils pouvaient encore allumer un feu de détresse devant la maison. Quand les gens de l’autre côté du fjord voyaient ces signaux, ils n’hésitaient pas un instant, et s’embarquèrent sur leur bateau pour leur venir au secours. Les agriculteurs étaient ingénieux et autonomes, mais ils étaient toujours prêt à s’entre aider. Qui sait, peut-être que la prochaine fois, ça serait eux qui se trouveraient coincés. Matvika a été habitée jusqu’en 1961. La raison principale d’abandon de la ferme était que le bateau transportant le lait ne s’y arrêtait plus. De plus, amener par bateau les enfants à l’école devenait de plus en plus difficile et périlleux, et se séparer des enfants durant la semaine était bien trop triste.

Sur le versant de la montagne, sur la rive sud, on peut voir un long et vieux bâtiment en bois. Il s’agit de Blomberg, une des plus anciennes fermes de Geiranger. Si vous êtes en bonne forme, vous pouvez monter jusqu’à Blomberg par un sentier raide de 28 virages en épingles à cheveux. La vue, de la ferme, à 450 mètres au dessus du fjord, vaut bien la montée éprouvante. Blomberg a été habitée depuis les années 1600. La forêt offrait du bois de chauffage, et des bûches pour la vente. La ferme avait accès à de bons pâturages de montagne et terrains de chasse, et il y avait une abondance de poissons dans le fjord. Toutefois, le terrain était si raide que les fermiers devaient s’attacher à des cordes lorsqu’ils fauchaient le foin pour leur bétail. Ils vivaient aussi dans la crainte constante de chutes de pierre et d’avalanches, ce qui finira par les faire définitivement partir en 1947. La ferme de Blomberg est également unique, par le fait que la ferme et la grange sont unies par une galerie extérieure qui permettait aux paysans de s’occuper de leur bétail, sans devoir aller dehors en hiver. Ils avaient soixante-dix chèvres, qui pâturaient sur les versants de la montagne. Il est probable que les chèvres broutaient aussi sur les toits. Les bâtiments ont des toits de tourbe, ce qui permettait de garder les maisons fraiches l’été et chaudes l’hiver.

Les derniers propriétaires de Blomberg, Martin et Torina, avaient dix enfants. La coutume voulait que les enfants soient baptisés. Le couple défia donc les éléments de la nature et les risques d’éboulement afin d’emmener leurs enfants à l’église. Ils les descendirent le long du chemin raide, ramèrent douze kilomètres jusqu’à Geiranger, et baptisèrent leurs enfants avant de reprendre le même chemin du retour. En règle générale, aller à l’église était très important pour les gens, et ce malgré le long et fatiguant voyage. Mais ce n’était pas seulement par dévotion. C’était aussi l’occasion de rencontrer ses voisins, la famille et des amis. Ils échangeaient les nouvelles, bavardaient et marchandaient, et certains tombaient même amoureux.

Le profond ravin que nous franchissons maintenant s’appelle la Gorge de l’Enfer. La légende raconte qu’il y a très longtemps, le diable vint durant la nuit dans le fjord de Geiranger, et se glissa, à l’aube, dans le ravin pour se cacher, évitant ainsi de se transformer en pierre. De grandes forces ont été à l’œuvre pour former les imposantes montagnes. En Norvège, le substrat rocheux est en majeure partie du Gneiss, un type de roche métamorphique formé par de hautes températures et pressions. Cela veut dire que ces montagnes ont été créées par le magma en fusion qui – il y a plus de 400 millions d’années- s’est fusionné à l’intérieur du manteau terrestre, mais qui a été plus tard poussé vers la surface et plié par les mouvements de la croute terrestre. Ceci a évidemment pris des millénaires. L’eau et les rivières ont alors sculpté de profondes gorges dans les nouvelles chaînes montagneuses, mais le véritable travail a commencé pendant les périodes glaciaires. Le kilomètre de glace qui recouvrait le continent pendant des millénaires a continué de façonner les gorges créées par les rivières. Quand la glace a commencé à se retirer il y a 10000 ans, les canyons qu’elle avait creusés se sont remplis d’eau de mer, formant ainsi les fjords que nous voyons aujourd’hui. Mais le processus se poursuit à ce jour. Le vent et le temps continuent d’éroder le paysage. Un éboulement soudain peut apporter de minuscules changements. De grandes transformations peuvent avoir lieu sur plusieurs millénaires

La cascade, située sur la rive nord du fjord, est appelée le Voile de la Mariée. Elle est particulièrement impressionnante au printemps, quand le niveau de la rivière est haut. Elle se déverse dans le fjord à 300 mètres au dessus du niveau de la mer, s’étendant comme un voile sur les montagnes. L’apparition d’un arc-en-ciel dans les embruns de la cascade est un signe de bonne chance. Les norvégiens aiment se marier en mai ou en juin. Depuis la nuit des temps, la mariée et le marié ont toujours revêtu leurs plus beaux vêtements. Si elle était chanceuse, la mariée portait une couronne richement décorée. Le tintement des ornements de la couronne servait à éloigner les mauvais esprits et on racontait qu’une mariée qui dansait tout le long de la nuit aurait un long et heureux mariage. Dans les mariages traditionnels, les deux époux portent le costume national ou bunad, dont il existe environ 400 variétés dans tout le pays. Aujourd’hui, cependant, comme partout en Europe, s’ils décident de s’unir, de nombreux couples se marient en robe blanche et costume. Beaucoup de couples préfèrent aujourd’hui la cohabitation plutôt que de se marier à l’église ou à la mairie.

Le fjord de Geiranger est renommé pour ses nombreuses cascades. Nous croiserons bientôt la plus célèbre d’entre elles : les Sept Sœurs. Les Sept Sœurs sont sept petites chutes d’eau qui dévalent les rochers à 410 mètres au dessus du fjord. Le nombre de sœurs qui viendront danser dépend de la fonte de neige et des précipitations. S’il y a eu assez de neige en hiver, toutes les sept feront leur apparition. S’il eu peu de neige et de pluie, ou si l’été a été particulièrement sec, certaines des sœurs resteront chez elles. De l’autre côté du fjord, on peut apercevoir une autre cascade, surnommée le Prétendant. La légende raconte que le Prétendant tomba éperdument amoureux des jolies sœurs aux cheveux ondulés. Il demanda en mariage chacune des sœurs, mais elles refuseront chacune à leur tour. Le cœur brisé, le Prétendant dut chercher du réconfort dans la bouteille. Si vous regardez de près, au milieu de la cascade, vous remarquerez un rocher qui a une forme de bouteille. La cascade est apparue dans une publicité pour Absolut Vodka. Les sept sœurs ne se sont jamais mariées, elles préfèrent être libres. Si vous écoutez attentivement, vous les entendrez chanter le soir ou pendant la nuit.

Nous passerons bientôt en face de deux fermes voisines, situées l’une en face de l’autre sur les deux rives du fjord : la ferme de Knisflå près de la cascade des Sept Sœurs sur le versant nord, et la ferme de Skageflå, sur le versant sud. Elles peuvent être difficiles à repérer. Mais vous remarquerez sans doute le sentier menant du fjord à la ferme de Knisflå, 250 mètres plus haut. De l’autre côté, vous pourriez peut être apercevoir la tyrolienne que les habitants de Skageflå utilisaient pour monter et descendre le foin, le lait, le bois et d’autres marchandises lourdes.

Il y a plus de cent ans que les derniers habitants ont quitté la ferme de Skageflå. Celle-ci était autrefois une des fermes les plus vastes et prospères de Geiranger, avec plus d’une centaine de chèvres, soixante moutons, du bétail et un cheval. Cette ferme appartenant à deux familles est située dans un endroit spectaculaire, sur le rebord de la montagne. Pendant que les habitants de Skageflå et d’autres fermes travaillaient les champs ou fauchaient le foin sur les pentes, les enfants restaient à l’intérieur ou étaient attachés avec de longues cordes, pour qu’ils ne tombent pas des falaises. Le chemin menant à la ferme était long et difficile. Entre le dix-septième et le dix-huitième siècle, Skageflå ne pouvait être accessible que par une échelle en bois. Un jour, le percepteur des impôts était dans le coin, il venait à Skageflå pour récolter les taxes dues. Cependant, le propriétaire, le voyant s’approcher, retira l’échelle. Le percepteur fut forcé de faire demi-tour et de retourner à Geiranger les mains vides. La Reine Sonja a aussi une relation particulière avec cet endroit. Elle s’intéresse aux fermes du fjord et aime beaucoup randonner dans ces montagnes. Pour la célébration de leurs noces d’argent en 1993, le couple royal voulait offrir à leurs invités une expérience norvégienne spéciale. Ils les ont convié à Skageflå, et plusieurs dizaines de membres de la noblesse européenne sont montés à pied vers la vieille ferme où un banquet royal les attendait, sans grandes pompes ou cérémonies, mais plutôt entourés des paysages somptueux du fjord et des Sept Sœurs.

Sur la rive nord du fjord, vous pouvez contempler la cascade Bringefossen. Jadis, il y avait une ferme tout près. Elle était située dans un endroit ensoleillé et à l’abri, ce qui assurait de bonnes récoltes d’orge et de houblon, deux ingrédients essentiels à la fabrication de la bière. Aujourd’hui, il ne reste plus que des ruines de cette ferme. Mais la mémoire de la propriétaire, une femme nommée Bringe-Ragnild, est toujours présente. Elle était connue comme un maître brasseur, et tous ceux qui ont visité la ferme étaient toujours accueillis avec une bonne quantité de bière. Sa recette n’était pas si inhabituelle : elle laissait tremper pendant trois jours le sac d’orge pour en faire germer les graines. Mais vu que la bière était exceptionnellement bonne, on pensait qu’elle exerçait peut-être de la sorcellerie durant le brassage. La rumeur disait qu’elle plaçait douze couteaux autour du chaudron de bière, et faisait trois fois le tour en fredonnant des chants païens. Elle marchait ensuite à reculons trois fois en récitant « Notre père », une prière chrétienne, juste par précaution. On ne peut pas affirmer avec certitude que les gens croyaient cette histoire. Mais ce qui est certain, c’est que de nombreuses personnes ramaient près de la rive en passant Bringa, en espérant que Ragnild les invite pour boire un verre de bière fraiche. Les traditions brassicoles sont toujours bien vivantes dans les villages. La bière traditionnelle continue d’être brassée avec les meilleurs ingrédients : l’orge, le malt, la levure et l’eau fraiche et pure de nos montagnes.

Nous avons l’habitude de vivre avec beaucoup de neige. Nous sommes contents quand la neige reste au lieu d’être chassée par la pluie et le vent. Tout est léger, lumineux et propre. Ceux qui apprécient les sports d’hiver aiment que la neige soit encore plus profonde, et une couverture de neige épaisse et solide ravit aussi les agriculteurs. La neige isole contre le froid, ce qui présage d’excellentes récoltes l’année qui suit. Bien que l’hiver soit parfois long et rigoureux, et que les montagnes et fjords soient traitres et plein de dangers, le climat est souvent doux et agréable. En combinaison avec nos méthodes traditionnelles agricoles, cela a donné naissance à une riche diversité de plantes et d’espèces animales. Par exemple, le long des montagnes orientées vers le sud, de la rive nord, il y a une vaste zone de forêt décidue thermophile. Une réserve naturelle a été créée afin de protéger une des forêts de feuillus les plus développées de la région. Et imaginez ceci : de terribles éboulements et des avalanches ont fourni un foyer à certaines des créatures les plus petites et belles de la région. Les dangereux éboulis sur les pentes des montagnes abritent le papillon protégé, le Semi-Apollon, qui est le seul papillon norvégien de la côte ouest. Les papillons adultes trouvent des plantes riches en nectar, comme le Corydale à tubercule plein, seule plante permettant à ses larves de survivre. La liste rouge des espèces menacées en Norvège inclut aussi le Zygène du lotier, un grand et magnifique papillon aux ailes noires avec 6 taches rouges. Son habitat de prédilection est les clairières. Quand les terres ne sont plus cultivées et sont envahies par la végétation, et lorsque les clairières sont traitées avec des engrais et d’autres méthodes modernes, les plantes qui font vivre le Zygène du lotier disparaissent, ainsi que le papillon lui-même. Cependant, il existe toujours ici. Si vous avez de la chance, peut-être que vous l’apercevrez.

Les premiers touristes sont arrivés à Geiranger par bateau en 1869. Ils étaient probablement des Quakers distribuant des pamphlets religieux dès qu’ils débarquaient. Depuis, de nombreux bateaux de croisière sont venus à Geiranger, alors que d’autres visiteurs arrivent par millier en bus, voiture, moto ou encore camping car. Bien que les petites exploitations agricoles existent toujours, le tourisme est aujourd’hui l’industrie prédominante. Nous sommes heureux d’accueillir les touristes et leur montrer ces paysages uniques. Environ 800 000 visiteurs viennent ici pendant les quelques mois d’été, ce qui représente indéniablement un grand nombre de personnes pour un si petit endroit. Le reste de l’année, quand le soleil se cache derrière les sommets et que la route de montagne est fermée à cause de la neige, nous nous reposons et exerçons d’autres activités. L’endroit devient tout simplement différent. Environ 250 personnes restent en permanence pendant l’hiver. Notre vie est ainsi pleine de contrastes. Nous avons une grande responsabilité quant à la protection du paysage qui nous entoure et à la gestion de nos ressources. La région a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005. C’était une accolade dans le dos, mais aussi un rappel que cet endroit offre des richesses naturelles et culturelles uniques que l’UNESCO juge digne de protection. Nous avons aussi d’autres ressources inestimables : de l’air frais, de l’eau pure et le droit d’accès libre à la nature. Nous savons que rien ne doit être pris comme acquis. Peut-être devrions nous vivre comme nos ancêtres : ne prendre que ce dont nous avons besoin, choisir une approche plus écologique à la vie, et ne laisser derrière soi aucune trace disgracieuse de nos activités.

Depuis que le fjord de Geiranger a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, les préoccupations environnementales et le développement durable font l’objet d’une attention croissante. Des exigences plus strictes ont été introduites, limitant le type de navires autorisés dans le fjord de Geiranger. Geirangerfjordservice a lancé récemment ce bateau, et ce n’est pas seulement un bateau. Ce catamaran a été construit avec des matériaux écologiques et recyclés. L’idée est que le bateau puisse être entièrement recyclé, en fin de vie. La double coque a été dessinée afin de minimiser la résistance à l’eau, ce qui permet aussi de réduire les émissions. En outre, son moteur diesel est prêt à être remplacé par une batterie ou de l’énergie hydrogène, dès que les technologies le permettent. Jetez un coup d’œil au sillage du bateau. Vu qu’il produit de petites vagues, il présente moins de nuisances pour les autres.

Geiranger est à deux pas des incontournables. Dès votre arrivée au cœur du village, vous pourrez commencer votre exploration sans attendre. Promenez-vous, trouvez un café ou un restaurant et savourez un bon repas et une boisson. Pour en savoir plus sur la région de Geiranger et son patrimoine mondial, visitez l'exceptionnel Centre du Fjord norvégien, ouvert toute l'année. C'est le rendez-vous incontournable des explorateurs intrépides comme des touristes curieux. En empruntant le sentier des cascades jusqu'au Centre du patrimoine mondial, vous serez encore plus inspiré par le tourbillon du courant. Pourquoi ne pas gravir le sommet de Dalsnibba pour découvrir le Skywalk à 1 500 mètres d'altitude ? Vous ne le regretterez pas. De là, vous profiterez d'une vue spectaculaire sur les montagnes, le fjord et le village. Une fin de voyage idéale. Envie de nouvelles activités ? Consultez notre site web geirangerfjord.no et rejoignez-nous pour de nouvelles aventures.

Nous espérons que vous avez apprécié la traversée, que vous avez appris quelque chose de nouveau et que vous avez eu le temps de vous reposer et de savourer la tranquillité du fjord. N’oubliez pas, s’il vous plait, de mettre les écouteurs et l’audio guide dans la caisse. Faites attention quand vous débarquez. Nous vous souhaitons une agréable journée et espérons vous revoir bientôt à bord !